Carladés País occitan

 

Le Carladés est une entité politique, et non géographique, héritée du Moyen âge. C’est un pays de culture occitane et originale de par son histoire, sa tradition littéraire, musicale, sa tradition agropastorale, son architecture, son environnement, son biais de viure.

Son étendue géographique a beaucoup évolué au fil des siècles. Par delà les limites administratives – il est aujourd’hui partagé en deux parties, cantalienne et aveyronnaise - c’est son histoire et sa langue qui font sa particularité et son unité.

Pour en savoir plus sur la langue occitane du Carladés

carladesabans_carlat-site.jpg
carladesabans__chateau.jpg

Le territoire actuel du Carladés 

Aujourd’hui le Carladés est composé essentiellement des territoires de la communauté de communes Cère et Goul en Carladés dans le Cantal, ainsi que de la commune de Carlat aujourd’hui dans la communauté d’agglomération du bassin d’Aurillac, de l’ancienne communauté de communes de Mur de Barrès dans l’Aveyron et des communes de Malbòsc, Sent Martin jos Vigorós, La Capèla Barrés, voire Paulhenc dans l’ancien canton de Pierrefort.

Les troubadours du Carladés

Le Carladès a vu naître plusieurs troubadours, dont le plus célèbre est lo Monge de Montaudon. La tradition littéraire s’y est perpétuée à l’époque moderne, sous la domination française, et aujourd’hui encore des écrivains font vivre cette langue dans divers registres de la littérature : romans, poésie, ou littérature enfantine à l’instar de Fèliç Daval pour l’époque actuelle.

Pour en savoir plus sur les troubadours du Carladés

carladesabans_troubadour.jpg

La littérature occitane en Carladés

Si l’on s’en tient au territoire historique du Carladés, après les troubadours, il n’y a pas en Carladés de renaissance littéraire comme à Toulouse, en Provence ou en Gascogne. Les élites n’écrivent plus en langue d’oc, les bases de la graphie classique sont oubliées. C’est un temps de littérature orale (sermons des prêtres, contes au cours des veillées, nouvelles par les colporteurs …). Il a dû y avoir des poètes, mais la langue n’étant pas valorisée, les textes n’ont pas été conservés. 

L’abbé Jean Bouquier (1720 - 1804) de Leynhac est une exception, il est l’auteur d’une pièce qui met en scène des personnages du Ciel et de l’Enfer, des prêtres et des juges. 

Jean-Baptiste Brayat (1779 – 1858) de Boisset, médecin, se plaît d’offrir ses poésies - souvent comiques, parfois moqueuses - à ses patients.

En savoir plus : Carladés, les prémices d’un renouveau littéraire

La Renaissance littéraire ou la première « Escolo Oubergnato »

En 1894, quarante ans après Frédéric Mistral en Provence,  sept ans après la tentative d’Auguste Bancharel, en créant « l’Escolo Oubergnato » (Escòla Auvernhata) Arsène Vermenouze implante le Félibrige en Haute Auvergne.  Le journaliste toulousain Jean-Félicien Court, des intellectuels occitans vivant à Paris (les érudits Louis Farges et Eugène Lintilhac, l’écrivain Jean Ajalbert...), Francis Courchinoux, directeur du journal « La Croix du Cantal », Emile Bancharel, directeur de « L’Avenir du Cantal », Louis Bonnet, directeur de « L’Auvergnat de Paris » … lui apportent leur soutien, voire leur collaboration. Toutes les composantes culturelles et politiques sont  associées à l’événement. En 1895 naît  « Lo Cobreto » (La Cabreta)…

Pour en savoir plus : La Renaissance littéraire ou la première « Escolo Oubergnato » 

La littérature occitane en Carladés dans la première moitié du XXIème siècle

 « Lo Cobreto » ayant cessé de paraître en 1901 c’est dans les journaux locaux (La Croix du Cantal, L’Avenir du Cantal, Le Progrès du Cantal, La Liberté du Cantal, Le Cantal Républicain, L’Indépendant du Cantal …) que l’on trouve la création littéraire occitane.

 Il faut attendre la réorganisation du Félibrige de Haute Auvergne en 1920 avec fondation de la deuxième « Escolo oubergnato » pour que deuxième « Lo Cobreto » voie le jour.

 En 1924 la question de la graphie divise les félibres, elle oppose les phonétistes, ceux qui écrivent en utilisant le système phonétique de la langue française (graphie patoise) aux occitanistes, partisans d’une norme orthographique qui permet d’écrire la langue occitane dans sa diversité dialectale.  En 1924 les premiers (Eugène Pagès, Jean Courchinoux, Jean Lhermet, Henri Dommergues …) excluent les seconds (Louis Delhostal, Antonin Trin, Julien Galéry …).

 

De nombreux poètes et écrivains, presque tous félibres

  • Emile Bancharel (1859 – 1947) dit « Milou », né à Reilhac succède à son père Auguste à la direction du journal « l’Avenir du Cantal ». Artiste peintre, grand sportif, poète, il publie « Mignounetto » (Minhoneta), un recueil de poèmes en 1906.

  • Eugène Bonis (1862 – 1923), né à Aurillac, photographe puis secrétaire de mairie à Maurs. Il est l’auteur (textes et photos) d’un livre en occitan sur la Châtaigneraie et de deux nouvelles qui paraissent dans la seconde « Cobreto ».

  • Jules Prax (1864 – 1940), né à Broussoux, village de la commune de Lascelles puis de Velzic lorsque cette commune sera créée. Il en est maire de 1919 à 1932. Il peint dessine, écrit des poèmes en français et des récits en occitan, plaisants ou politiques, qui paraissent dans la presse. Il pratique la satire. Les Editions du Convise ont édité son œuvre en 1994.

  • Edouard Coudy (1864 – 1944), né à Narnhac, fils de colporteur, instituteur. Grand pédagogue et historien local, il est connu et populaire à Saint-Flour et en Margeride. Il est l’auteur de récits en occitan, il n’est pas félibre.

  • Antonin Meyniel, né à Vézac en 1864. Instituteur à Paris. Il est à l’initiative du buste de Brayat à Boisset et de l’édition de ses œuvres. Il fait des causeries et des allocutions en langue d’oc dans les amicales parisiennes.

  • Antonin Dusserre (1865 – 1927), écrivain paysan né à Carbonat d’Arpajon. Il est l’auteur de nombreux récits en occitan et d’une pièce de théâtre.

  • Henri Dommergues (1869 – 1944), dit « Lou porpond » (Lo parpand), né à Sansac de Marmiesse, instituteur. Il a vécu la renaissance félibréenne. Il écrit dans plusieurs journaux. Il est l’auteur d’un argumentaire : « Utilité du patois dans l’enseignement du français », de courtes histoires populaires et de contes (« Couontes è Porpondejados » (Còntes e Parpandejadas), recueil publié en 1927).

  • Benjamin Clermont (1870 – 1946), né à Cassaniouze, professeur de Lettres à l’Ecole Normale de Rodez. Comme son frère Elie il collabore à « Lo Cobreto » de Vermenouze. Il est l’auteur d’un conte, de récits en vers et d’une adaptation des fables de La Fontaine en occitan.

  • Eugène Pagès (1870 – 1961), né à Vic sur Cère, d’un père notaire. Il exerce le métier de notaire à Saint-Cernin puis de banquier à Aurillac. Il écrit de nombreuses poésies réunies dans le recueil « O loïs Gloros del Cantaou » (A las glòrias del Cantal) (1918) en hommage aux poilus de la première guerre mondiale et  Toustous »(Tostons) (1926) où se mêlent poésies philosophiques et morales et récits spirituels. Certains de ses textes sont mis en musique par lui-même ou par Pierre Redon et Louis Debrons (Cabretas e cabretaires). Il est aussi l’auteur de pièces de théâtre dont « Morgorido » (Margarida).

  • Jean Ladoux (1870 – 1951), né à Brommes de Mur de Barrez, fils d’instituteur. Il étudie à Rodez, à Saint-Affrique puis à Paris en Sorbonne. Il enseigne le français et le latin dans plusieurs villes du Pays d’Oïl puis en Pays d’Oc dont Béziers ou il prend sa retraite. Il participe à différentes revues dont « Lo Cobreto ». Il est l’auteur de plusieurs recueils en vers et en prose ou il évoque souvent son enfance en Carladés, les plus connus sont « Canson Carladesa » (1934) et « En Carladés » (1939). Il remet en mémoire le troubadour Guilhèm de Mur. Adepte de la graphie occitane classique il publie plusieurs documents pour étudier la langue d’oc et une « Étude sur les danses chantées du Carladez ».

  • Félix Lapaire (1872 – 1924), né à Saint-Julien de Jordanne, fils de cultivateur. Il exerce la profession de négociant. La plupart de ses textes (contes, légendes, proverbes …) sont groupés dans le recueil « Ol couen del fiot » (Al coenh del fuòc).

  • Jean Courchinoux (1872 – 1929), né à Vixouze de Polminhac, fils de cantonnier. Il est le cousin germain de l’abbé Francis Courchinoux. Professeur d’histoire il enseigne à Riom, Tulle, Clermont, Issoire puis termine sa carrière à Aurillac. Il écrit des textes plaisants ou satiriques, des poèmes. Certains de ses récits sont publiés dans la revue biterroise « La Cigala Lengadociana».

  • Etienne Marcenac (1874 – 1956), né à Arnac, fils de petits paysans. Poète romantique et auteur de chansons, il écrit aussi quelques poèmes en français.

  • Louis Delhostal (1877 – 1933), né à Prunet, fils de forgeron (sa biographie a été éditée dans « Les cahiers du Convise »). Instituteur à Vic, puis à Thiézac, il valorise les origines rurales de ses élèves, leur fait collecter les contes, les légendes, les proverbes, les chansons … Dans son œuvre il chante les lieux de son enfance, Thiézac son village d’adoption, peint les habitants, décrit la nature, il est aussi le poète de l’amour. Il publie trois recueils : « Rescòta » (1921), « Las piadas » (1923), Beluguetas (1927). Il est aussi l’auteur de « Ensag botanic auvernhat » publié en 1932.

  • Jean - Simon Mathieu (1878 – 1962), fils de sabotier, prêtre à Ytrac pendant trente – deux ans. La famille, l’enfance, la nature sont ses sources d’inspiration, il est l’auteur de deux recueils de poèmes « Fusados de repieugo » (Fusadas de repieuga) paru en 1927, « Causotos » (Causòtas) paru en 1935, et d’une pièce de théâtre.

  • Louis Laussin (1883 – 1939), né à Saint-Christophe les Gorges. Ce prêtre, fils de sabotier écrit des poèmes, c’est de son enfance qu’il puise l’inspiration. Son œuvre a été éditée en 2018 par « Lo Convise » (cahier n°5).

  • Firmin Bourgade (1884 – 1963), né à Saint-Etienne de Maurs. Ce poète paysan passionné par les mathématiques et les sciences est l’auteur de poèmes, de contes et d’un roman « O l’oumbro del Clouquié !» (A l’ombro del Cloquièr !).

  • Jean Lhermet (1884 – 1937), né à Langogne en Lozère. Cet agrégé de l’université enseigne neuf ans au lycée Emile Duclaux, à Aurillac. Il est l’auteur d’un conte, d’un poème, d’une chanson mais surtout d’un lexique du dialecte aurillacois, paru à Paris en 1931 sous l’intitulé Contribution à la lexicologie du dialecte aurillacois.

  • Toussain Laborie (1885 – 1953), fils de facteur, né à Marcolès. Cet instituteur est l’auteur des « « Contes Castanhaires » et de deux poèmes qu’il publie dans « Lo Cobreto » entre 1922 et 1936. En classe il utilise l’occitan pour enseigner la grammaire et la conjugaison de la langue française.

  • Fernand Prax (18909 – 1970), né à Marmanhac. Ce fils de marchand de vins en gros est lui-même marchand de vins. Il collabore à la revue « Lo Cobreto », en 1929 il publie un recueil de poèmes sur le thème de l’amour de la terre « Lo Glebo meiralo » (La Gleba mairala) qui inclut une pièce de théâtre. Il écrit beaucoup sur les effets du progrès, « Lou permis de counduire », paru en 1935, a un succès fou. En 1960 il publie « Històrias de toutos menos » (Istòrias de totas menas), textes en vers et en prose et saynette de théâtre. Fernand Prax pourrait figurer dans une anthologie du rire occitan.

  • Julien Galéry (1895 – 1931), né à Ytrac. Ce fils de paysans exerce le métier de ses parents, part faire du commerce au Portugal puis revient au pays. Poète sensible, exclu de la revue « Lo Cobreto » en 1824, les revues occitanes du sud (Oc...) et de Basse Auvergne lui ouvrent leurs colonnes. Il est l’auteur d’une comédie. En 1950, Albert Pestour, poète limousin fait publier « L’ama d’un pacan », recueil qui ne contient qu’une partie de son œuvre, des inédits ayant disparu.

  • Antonin Trin (1895 – 1987), né à La Cayrie de Raulhac. Il passe son enfance à Vic sur Cère. Instituteur il enseigne à Vic, puis à Thiézac auprès de son ami et maître Louis Delhostal. Sensible à la poésie des troubadours et d’Aubanel, attaché au Carladés, il est l’auteur de nombreux poèmes qui paraissent dans « Lo Cobreto », puis à partir de 1924 dans des revues du Bas Languedoc et de Limagne. En 1931 il part travailler à Paris et cesse son activité littéraire.         

      

Nous savons peu de choses sur eux :

  • Louis Abel, un publiciste, et le docteur Rames - deux aurillacois - sont les auteurs de poèmes, contes et récits parus dans la première « Cobreto », du temps de Vermenouze.

  • Antonin Borderie, de Freix-Anglard, trois textes (un poème, un conte, un récit) de cet auteur sont publiés dans la revue « Lo Cobreto » en 1896, 1923 et 1924.

  • P. Daval, un habitant de la Châtaigneraie, parle du « Rapatou » (Rapaton), du renard et du loup dans ses contes. Ils sont publiés dans la seconde « Cobreto » et des journaux locaux.

  • Louis Sinizergues est l’auteur de deux récits parus dans la seconde « Cobreto ».

 

Ils ont écrit des chansons

  • Antonin Cayzac (?), dit « le troubadour de Maurs », est le créateur de l’hymne « O que mau es polit ! ».

  • Lucie Colon (1838 – 1919), de Montsalvy composait des chansons pour les enfants, la plus connue étant « Yiou buole ona o Mounsaouby » (Ieu vòle anar a Montsalvi).   

  • Raymond Four (1877 – 1918), prêtre, né à Glénat. Il écrit d’abord en français puis des poèmes et des chansons en occitan publiés dans « Lo Cobreto » de Vermenouze dont il est le plus jeune collaborateur. Il entreprend une réforme de l’orthographe, appliquée dans la transcription de « Jos la Clujada », le second recueil de poèmes de Vermenouze. Ami du Duc de La Salle de Rochemaure, il participe à la rédaction de « Les Troubadours Cantaliens ». Musicien, chanteur, on lui doit « Cansouns d’Auvèrnho », 34 chansons qu’il a écrites et composées entre 1896 et 1913. « Barcairolo » (Barcairòla), « Pàrlo-me de Diu ! » (Parla-me de Diu) ... et bien d’autres sont tellement populaires qu’on a tendance à les attribuer au répertoire traditionnel.

  • Raymond Bruel (1879 – 1958), né à Saint-Julien de Jordanne. Il écrit en occitan des nouvelles et des récits dans le bulletin de la paroisse de Saint-Simon et Boussac. Il est l’auteur d’un hymne à Gerbert. Il recueille un vieux Noël auvergnat.

  • Louis Debrons (1881 – 1941), né à Boisset, fils de cordonnier et d’épicière, fait carrière dans l’administration des finances à Aurillac. Musicien, compositeur, auteur ... il écrit des chansons, des poèmes, des contes, des pièces de théâtre. Sa production littéraire et musicale se place entre les deux guerres. Une de ses pastorales est jouée trente fois, ses créations sont diffusées sur les ondes de la TSF. Le recueil « Cançons auvernhatas » réunit toutes les chansons dont il est l’auteur et le compositeur. La plus connue est « Lo molet ».

  • Jules Arles (1884 – 1942), né à Sète. Employé de chemin de fer, puis représentant de commerce, il réside un temps à Aurillac et à Vic. Il écrit de la prose, des vers et des chansons, paroles et musique.

  • Pierre Cardou (1885 – 1975), né à Saint-Santin Cantalès, fils de charpentier. Il est employé de banque à Saint-Flour puis à Aurillac. Maitre de danses et chanteur, il enregistre les succès des auteurs compositeurs de la région (Jules Arles, Henri Momboisse, Louis Debrons). Il est l’auteur d’un poème en occitan et de chansons – la plus connu est « La Bèla » - qu’il publie dans « Lo Cobreto ».

 

 

Une littérature bien particulière

Dans le journal « La Croix du Cantal », quelques années avant la guerre de 14 apparaît « Le Père Menfouté », vieux paysan de la Châtaigneraie qui s’exprime dans un langage hybride - un français où affleure l’occitan local - qui correspond à la réalité d’un pays bilingue. Ses lettres traitent du monde rural, des grandes questions du moment, comme on en parle au village, elles paraissent dans la Croix du Cantal jusqu’en 1944, puis dans la Voix du Cantal jusqu’en 1994.

  • Paul Larribe (1869 – 1938) est le créateur du Père Menfouté. Ce maursois, fils de notaire, est aussi l’auteur d’un récit de chasse « Lou cat de panturlo » (Lo cat de Panturla), et d’autres qu’on n’a pas retrouvés.

  • Pierre Bromet (1878 – 1955), ce prêtre, fils de paysans de Montsalvy, est le deuxième rédacteur des Lettres du Père Menfouté, le poète Jean-Marie Gaston lui succède en 1956.

Le Carladés c’est aussi une riche vie musicale marquée par des musiciens populaires célèbres, des bals populaires très fréquentés - Documents à venir

 

Une architecture de montagne évolutive au fil des siècles - Documents à venir

 

Une activité agropastorale qui a complètement modelé le paysage - Documents à venir

 

Une diversité environnementale, passée et présente - Documents à venir

 

Des traditions culinaires particulières - Documents et compléments à venir

  • La tarte à la tomme

  • Los farçons – picaulelons - picaucèls

  • La trufada

  • Une bonne référence lo libre Lo companatge. Epuisé mais consultable à la médiathèque de l’IEO Cantal